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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 15:53

 

Musée de Pontarlier                               

L’absinthe Pernod Fils, une aventure industrielle

du 1er juillet au 5 novembre 2017

 

En 2017, pour mettre en lumière un élément phare du patrimoine industriel et gastronomique pontissalien, le musée de Pontarlier consacre une exposition à la thématique de l’absinthe, et plus particulièrement à la toute première maison installée à Pontarlier.


Répartie dans trois salles du premier étage, l’exposition « L’absinthe Pernod Fils, une aventure industrielle » ouvre ses portes le 1er juillet. Elle retrace la formidable histoire de l’entreprise Pernod Fils depuis l’arrivée en France de son fondateur Henri-Louis Pernod en 1805 jusqu’à l’interdiction de l’absinthe en 1915.


Le premier espace, invitation à la découverte, propose de visiter l’entreprise pour découvrir ses installations et les processus de fabrication de l’absinthe. Grâce à l’utilisation de l’électricité et de machines à la pointe de la technologie, les quantités d’absinthe produites augmentent sans cesse. Seul l’incendie survenu en 1901 freine un temps la cadence de production. Mais l’usine renaît de ses cendres selon des principes de reconstruction innovants et résistants au feu. La production repart alors de plus belle.


L’absinthe Pernod Fils, conditionnée dans des fûts et bouteilles de différentes contenances, est expédiée en France et partout dans le monde. Le « Pernod », qui devient synonyme de qualité, connait un succès fulgurant. Dès lors, la marque attise les convoitises de maisons concurrentes qui cherchent à profiter de son nom, voire, à contrefaire ses produits.


Un tel succès n’aurait pas été possible sans personnel. C’est pourquoi une part importante de l’exposition est consacrée à sa présentation à travers les traits de son directeur technique : Arthur Borel. L’occasion d’aborder les conditions ouvrières et les avantages sociaux accordés par l’entreprise à ses employés.


Issues des collections du musée et de nombreux prêts, environ 150 œuvres constituent l’exposition et révèlent des pans entièrement inédits de l’histoire de la distillerie Pernod Fils.

La ville de Pontarlier a été marquée par la fabrication de la liqueur d’absinthe. Premier fleuron de cette industrie, la maison Pernod Fils a su faire apprécier son absinthe partout dans le monde. De 1805 à 1915, son développement est constant.

Trois salles du premier étage du Musée sont consacrées à l’exposition. Environ 150 œuvres, issues des collections du Musée de Pontarlier et de celles de 11 prêteurs différents, se déploient sur 95,6 m².

Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier
Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier

Salles d'exposition copyright Musée de Pontarlier

L E S  D E B U T S  D E  L A  M A I S O N  P E R N O D  F I L S


L’histoire de la maison Pernod Fils de Pontarlier commence au tout début du 19e siècle. En 1804, Henri-Louis Perrenod, dit Pernod, distillateur à Couvet (Suisse), décide de venir s’installer en France. Il évite ainsi les droits de douane élevés que le fisc de Napoléon Ier prélève sur les alcools importés.


Le 14 janvier 1805, Henri-Louis signe le bail de sa nouvelle distillerie. Elle est installée dans la
« Maison Bastide » (ancien couvent des Ursulines) au n° 73 de la Grande rue (actuelle rue de la République). Il s’agit de la toute première distillerie de Pontarlier. Elle produit 16 litres d’absinthe par jour.


Henri-Louis Pernod s’entoure d’abord de plusieurs associés avant d’être aidé à la distillerie par son fils Louis, né de son second mariage avec Emélie Dubied. Mais ce dernier meurt prématurément en 1847. En 1851, Henri-Louis Pernod décède à son tour. C’est alors Emélie, sa femme, qui assure la direction de l’entreprise jusqu’à ce qu’elle soit reprise par ses petits-fils Louis-Alfred et Fritz Pernod, en 1855.


Les archives conservées étant lacunaires, il est difficile de dire combien de temps la distillerie de la Grande rue a produit de l’absinthe. On sait toutefois que, dans le courant du 19e siècle, l’entreprise Pernod Fils déplace ses locaux de production dans l’ancien couvent des Augustins au bord du Doubs. La distillerie des Augustins, ne possède que 4 alambics. Elle devient à son tour trop petite. En 1876, Louis-Alfred et Fritz Pernod achètent donc un nouveau terrain au bord du Doubs. Ils y construisent une usine à la pointe de la technologie.


Les deux distilleries fonctionnent simultanément pendant quelques mois. Puis, vers la fin juin 1879, la distillerie des Augustins arrête sa production pour laisser la place à l’usine modèle du faubourg Saint-Etienne que nous vous invitons à découvrir.
 
Zoom sur… la maison Pernod Fils en 1896

En 1890, les propriétaires de l’usine commandent la construction d’un étage sur les ailes du bâtiment principal. Cet étage sert au stockage d’une partie des plantes.


Au bord du Doubs, on observe un grand édifice avec une cheminée. Entre 1885 et 1896, un atelier de fabrication des caisses y est installé. Initialement les caisses étaient fabriquées par un entrepreneur indépendant. Le bâtiment abrite aussi une petite distillerie de renfort, et une chaudière à vapeur.


Une construction accueille la turbine. Grâce à un système de courroies, passant dans une tour, l’énergie produite est redirigée vers les locaux de l’usine.


Avec l’intensification de la production, l’emballage des fûts et bonbonnes est déplacé dans les magasins Ouest construits en 1894.


Enfin, un embranchement particulier de la voie ferrée relie l’usine à la gare. Des chemins de fer parcourent toute l’usine pour desservir les différents bâtiments.

 

L A   T E C H N O L O G I E   A U   S E R V I C E  

D E   L A   P R O D U C T I O N   I N D U S T R I E L L E

 
Pour faire entrer leur production dans l’ère industrielle, Louis-Alfred et Fritz Pernod dotent leur usine de nombreuses machines : machines à rincer les bouteilles, à boucher, à marquer, à clouer… Tout cet outillage a besoin d’une force motrice pour être actionné.


L’usine Pernod Fils se dote de chaudières à vapeur. Rapidement, elles sont remplacées par des générateurs à vapeur plus puissants. Fonctionnant avec du charbon, ces machines coûtent cher, nécessitent un personnel qualifié et sont source d’accidents. Mais contrairement à la turbine sur le Doubs qui complète l’installation, elles ne dépendent pas du régime des eaux pour marcher. L’énergie produite est redistribuée vers les équipements de l’usine.


Depuis les caves jusque dans la distillerie, des pompes puissantes montent l’alcool nécessaire à la fabrication de l’absinthe. Elles servent aussi à remplir les bacs de la mise en bouteille avec la liqueur déjà vieillie. Grâce à ces mécanismes, 4 ouvriers suffisent pour transvaser des quantités considérables de liquides.

 

Les fûts destinés à l’expédition sont remontés des caves vers le rez-de-chaussée grâce à un ascenseur. Les autres déplacements de marchandises sont facilités par de petits chemins de fer dans les bâtiments. Les chariots sont poussés à la main.

La seconde moitié du 19e siècle est également marquée par le développement de l’éclairage électrique. Dans les années 1870, des lampes produisent de la lumière grâce à un arc électrique. Elles se répandent dans les usines françaises. Sans doute séduits par cette lumière artificielle plus puissante que le gaz, les Pernod l’installent dans tous les bâtiments dès leur construction. Les lampes à arc font disparaître les zones d’ombre. Le travail de nuit, les manipulations et le contrôle des déplacements sont éclairés.


Les locaux sont aussi équipés de sonneries électriques, de tubes acoustiques et de sifflets. Ils permettent de transmettre les ordres rapidement d’un espace à l’autre.


Enfin, un système d’aération maintient une température constante dans les caves pendant l’hiver. De l’air chaud est récupéré dans la partie supérieure de la distillerie et envoyé dans le sous-sol grâce à des tuyaux et hélices. En été, cette chaleur s’échappe par des cheminées au-dessus des toits.


Zoom sur… de nouvelles machines

Les machines à rincer

Les machines à rincer sont desservies par 8 ouvrières. Elles font tourner les bouteilles entre des brosses fixes sous des jets d’eau chaude. Les bouteilles propres s’égouttent ensuite sur des hérissons à pivot.


Les machines à tirer ou « soutireuses méthodiques »

Les machines à tirer ont été spécialement conçues par le directeur technique de Pernod Fils : Arthur Borel. Elles remplissent 20 bouteilles à la minute.

Les bouteilles pleines viennent d’elles-mêmes se présenter aux boucheuses. Celles-ci les placent sous les machines à boucher et positionnent le bouchon. Les machines enfoncent les bouchons automatiquement.
 

La machine à clouer

De provenance américaine, elle cloue un coté des caisses en une seule fois. Elle ne provoque pas de secousses dans la caisse et fait peu de bruit. Elle cloue 150 à 200 caisses par heure.
Dans les années 1890, l’entreprise se dote d’une seconde machine. Les deux suffisent aux productions de l’usine.

Machines dans l'usine copyright Musée de Pontarlier
Machines dans l'usine copyright Musée de Pontarlier
Machines dans l'usine copyright Musée de Pontarlier

Machines dans l'usine copyright Musée de Pontarlier

L E   T E R R I B L E   I N C E N D I E   D E   L A   D I S T I L L E R I E   P E R N O D   F I L S


Le dimanche 11 août 1901 éclate un violent orage. A midi vingt, une détonation annonce que la foudre vient de tomber sur Pontarlier.


Le feu à la distillerie Pernod !


Mme Borel, femme du directeur de l'usine, entend le coup de tonnerre. Seule avec son second petit- fils âgé de quinze mois et la bonne de l'enfant, elle sent une odeur de soufre.
Arthur Borel se trouve alors à Villeneuve-les- Béziers pour affaires, et son fils ainé, qui le seconde dans la direction de l'usine, est en Suisse pour organiser la sortie annuelle du personnel devant se dérouler le 15 août.

 
Mme Borel, descend au rez-de-chaussée et voit l’incendie de l’usine Pernod Fils à 3 heures
des traînées d'étincelles et de la fumée sortir des caves. Le veilleur de nuit se précipite vers la distillerie. Il aperçoit, avec d’autres ouvriers arrivés en même temps, une épaisse fumée et des flammes sortant des caves. Il va immédiatement ouvrir les conduites d'eau pour inonder le sous-sol pendant que ses camarades prennent les premières mesures pour éteindre le feu. Puis, les ouvriers tentent de sauver une partie du mobilier de M. et Mme Borel.


La foudre avait atteint deux poteaux supportant le fil téléphonique reliant l’usine aux bureaux de Couvet. Elle avait ensuite rejoint les fils de l'éclairage électrique, était descendue dans les caves et, par un court-circuit, avait mis le feu à un foudre d'absinthe qui en éclatant avait répandu son contenu au sol.
 
Les secours s’organisent


Juste après que le coup de tonnerre a éclaté sur l'usine, le fils de M. Landerot saisit son clairon et donne l'alarme en ville. L'effroi s'empare de chacun, car on craint que cet incendie, en provoquant une explosion, ne détruise tout le faubourg Saint-Etienne. Les habitants des abords de l'usine évacuent leurs logements. Des charrettes de linge et de meubles sont conduites vers le centre de la ville ou dans les champs voisins. Le commissaire de police, ses agents, la gendarmerie, les pompiers, les militaires des 60e et 23e régiments de ligne et les douaniers arrivent et organisent les secours. De nombreux citoyens accourent pour aider, mais leur nombre est tel que certains ne trouvent pas à s’occuper. Des cordons de troupe refoulent alors les derniers arrivés. Successivement, arrivent aussi les pompes de Pontarlier, celles de la Gare et de l'usine Vandel, puis celles de Doubs, Houtaud, Vuillecin, Arçon, Les Granges-Narboz, la Cluse, Oye-et-Pallet, Montperreux, Labergement et Les Verrières-de-Joux. Elles lancent de puissants jets sur le bâtiment enflammé. Celle des scieries Vandel, actionnée par la vapeur, projette de véritables torrents d'eau sur la partie Est de la construction préservant ainsi le magasin qui renferme 750.000 litres d'alcool et d'absinthe.

Le brasier s'étend dans toute la cave où près de 2 000 000 de litres d'alcool brûlent et lancent par les soupiraux d'énormes gerbes de flammes. L'effort principal vise à isoler la seconde cave qui n’est pas encore atteinte par le feu. La galerie de communication est calfeutrée avec des sacs de sable. Aux ouvertures on accumule plus de 150 mètres cubes de sable, gravier...


Du côté de la façade, en travers de la route, une chaîne s’organise pour sauver les caisses prêtes à être expédiées. De nombreuses femmes participent au transbordement des
marchandises. Sur 7000 caisses, 4000 échappent
ainsi aux flammes et sont transportées par camions vers des locaux voisins. Deux wagons remplis de colis d'absinthe sont amenés sur l'embranchement de chemin de fer.
Des employés de la Maison, aidés par les comptables de la brasserie Damitio, évacuent la comptabilité renfermée dans les bureaux.

Incendie de l'usine copyright Musée de Pontarlier

 

5 jours après, la fumée s’échappe toujours

Lundi 12 août, les deux principales caves sont complètement isolées l'une de l'autre. Dans celle en feu, le brasier dégage toujours une chaleur intense. MM. Edmond Veil-Picard et Louis Pernod sont arrivés et se rendent compte de l'étendue du sinistre. Les bureaux sont réorganisés dans une maison à moins de 100 m de l’usine. Les commandes les plus urgentes sont expédiées. Mardi 13 août, l'alcool de l'un des réservoirs de 51 000 litres brûle toujours. A midi, M. Borel, directeur, arrive. Le soir, on voit s'élever de l'ancienne cheminée de la machine à vapeur une épaisse colonne de fumée et des flammes provenant de la combustion de caisses d'absinthe laissées à proximité.


Mercredi 14 août, les flammes ont disparu. Seule la fumée indique que la combustion s'achève lentement. Il ne reste que de hautes murailles d'où pendent des lambeaux de la toiture de zinc. Une chaleur très forte se dégage encore des caves et on distingue, tout au fond, les cercles rougis et tordus des grands fûts.


Jeudi 15 août, de la fumée s’échappe toujours 5 jours après le début de l’incendie.


Aussitôt après le sinistre, des mesures sont prises pour restreindre le chômage du personnel de l'usine. La plupart des distillateurs de Pontarlier offrent du matériel et des locaux pour permettre la poursuite de la fabrication. Le travail peut reprendre rapidement. Quant aux ateliers de rinçage, mise en bouteille et expédition, on les installe dans de vastes hangars en bois rapidement érigés.

Plus de 2 millions de francs de perte

A cause de la chaleur considérable (1800 à 2000°C), les voûtes en béton et en maçonnerie ainsi que les murs sont altérés au point qu'une démolition complète de toutes les parties restées debout est reconnue nécessaire. Avec les dégâts sur les bâtiments, la destruction de matériel et mobilier, la perte de marchandises, la maison Pernod Fils déclare avoir perdu l’équivalent de 2 350 000 frs. Toutes ces pertes sont toutefois largement couvertes par six assurances se montant ensemble à près de 4 000 000 frs. D’autres pertes ne peuvent être évaluées financièrement : celles des archives, plans et dessins de la distillerie.

La Loue, une résurgence du Doubs


Lors de l’incendie, de petits ruisseaux d’absinthe et d’alcool enflammés se sont échappés de la salle de distillation. Ils se sont éteints en allant se perdre dans le Doubs.
Ce déversement de grandes quantités d’absinthe dans la rivière a eu un résultat inattendu. Le mardi 13 août, les habitants de Mouthier ont remarqué que l’eau de la Loue s’était troublée et dégageait une odeur d’absinthe. Des analyses ont prouvé que l’eau contenait bien de la liqueur démontrant ainsi que la Loue est une résurgence du Doubs.

copyright Musée de Pontarlier

 

copyright Musée de Pontarlier

 

R E C O N S T R U C T I O N   E T   N O U V E A U T E S


Après l’incendie de 1901, le processus de fabrication de l’absinthe ne change pratiquement pas. Mais l’usine est adaptée. Un atelier d’encadrement de tableaux publicitaires est
attesté dans les locaux. Il produit ce support à grande échelle pour assurer la promotion de la marque. Les machines sont plus nombreuses et les principes
architecturaux adoptés lors de la reconstruction sont innovants. Des leçons sont tirées de l’incendie. Le climat pontissalien est également pris en compte pour mieux adapter les locaux à leur environnement.

La structure de l’usine change beaucoup. Elle est à présent constituée de deux niveaux seulement : les caves et le rez-de-chaussée. Les étages et combles disparaissent. Tous les matériaux combustibles qui présentent un danger sont éliminés. Les planchers, plafonds et piliers sont construits en béton armé.


Pour lutter contre le feu, les caves ne communiquent pas entre elles et sont isolées des ateliers par un remblai. L’entrée se fait par l’extérieur des bâtiments. Les fenêtres sont munies de rideaux métalliques pour retarder la propagation du feu. De grands puits perdus sont prévus pour évacuer le liquide en cas de fuite des foudres. Tous les espaces du rez-de-chaussée (distillerie, ateliers, vestiaires) sont isolés les uns des autres par des murs. Les ouvertures de communication sont peu nombreuses, de petite taille et dotées de doubles portes métalliques. Enfin, les bureaux sont installés dans un bâtiment spécial, isolé des zones de production, au Nord de la distillerie.


Les toitures sont plates et recouvertes de résidus de métallurgie et de goudron. Cette isolation limite les brusques changements de température. Les toits plats permettent de circuler facilement pour le déneigement, la surveillance des lanterneaux, ou encore pour accéder aux zones menacées en cas d'incendie. Pour lutter contre les dégradations liées au gel, les chéneaux sont supprimés et les tuyaux d'eau sont placés à l'intérieur contre les piliers.
Les fenêtres et lanterneaux sont équipés de double vitrage pour limiter la condensation sur les vitres et les déperditions de chaleur en hiver.


Pour optimiser le fonctionnement de l’usine, les tuyaux de vapeur, d’eau, d’alcool et d’absinthe sont rassemblés dans un tunnel étroit passant sous la distillerie.


Les travaux sont commencés en avril 1902. Le gros œuvre des bâtiments est achevé au 31 décembre. Une partie des locaux peut être utilisée pendant l

'hiver 1902-1903.

 

P U B L I C I T E ,   V E N T E ,   E X P O R T A T I O N S   E T   C O N T R E F A Ç O N S :

L E   S U C C E S   D E   L ’ E N T R E P R I S E   P E R N O D


Zoom sur… La bouteille Pernod Fil


A la mort de son frère, en 1888, Louis-Alfred Pernod reste seul à la tête de l’entreprise. Il vend Pernod Fils aux banquiers Veil-Picard. Comme l’avaient fait Louis-Alfred et Fritz Pernod avant eux, les Veil-Picard déposent les caractéristiques de la marque. Cette pratique est courante lors des changements de propriétaires. Elle permet de protéger les produits de l’usine contre les contrefaçons.


L’esthétisme de la bouteille est l’identité de la marque. L’étiquette a un fond blanc orné de feuilles de vignes, branches et grappes argentées. La bordure, et les banderoles sont également d’argent. Le cartouche central est bleu et son cadre argenté avec des pointillés blancs. Excepté le nom de la marque, toutes les inscriptions et la signature sont bleues.
L’écusson rouge porte la croix fédérale suisse. Il est surmonté d’un chapeau à
deux plumes.


Le cachet « Pernod Fils » est moulé en relief sur l’épaule de chaque bouteille. Le col des bouteilles est revêtu d’une feuille d’étain. Tous les bouchons sont marqués.
Enfin, un cachet de cire verte est apposé sur le bouchon.

L’absinthe Pernod Fils est rapidement reconnue pour sa qualité. Par rapport à d’autres distilleries, l’entreprise produit peu d’objets publicitaires différents. Elle édite un tableau publicitaire, diffusé à grande échelle. Elle publie également des fascicules promotionnels qui vantent l’usine et les processus de fabrication de l’absinthe. Ils montrent la qualité et l’innovation de l’entreprise.
 

Zoom sur… La contrefaçon

La réputation et la prospérité de la marque Pernod Fils attisent les convoitises. Elles entrainent le développement de contrefaçons. Certains contrefacteurs commandent un cachet imitant celui de la maison Pernod Fils. Ils remplissent ensuite d’authentiques bouteilles Pernod Fils avec de l’absinthe de catégorie inférieure. Puis ils apposent le faux cachet.


Une autre méthode consiste à imiter le plus possible le conditionnement de la bouteille originale. Le cachet de verre, de cire, l’étiquette sont reproduits quasiment à l’identique.
La grande ressemblance entre la bouteille d’origine et la copie induit l’acheteur en erreur.
Enfin, d’autres maisons prennent le nom Pernod ou un nom de consonance proche.

 

 

A R T H U R   B O R E L :   U N   D I R E C T E U R   P H I L A N T H R O P E


Arthur Ferdinand Borel est une figure marquante de l’entreprise Pernod Fils. Né le 6 juin 1846 à la Chaux-de- Fonds (Suisse), il devient directeur technique de Pernod Fils à 32 ans.


Afin d’améliorer le rendement de la chaîne de production Arthur Borel travaille au perfectionnement des machines de l’usine. Il conçoit par exemple la soutireuse méthodique permettant le remplissage des bouteilles.

Ancré dans la mouvance paternaliste du 19e siècle, il participe à l’amélioration des conditions de travail des ouvriers. Chaque été, la direction de l’usine organise une sortie touristique pour ses employés aux frais de l’entreprise. Tout le personnel y participe. Ces promenades sont accompagnées par la société musicale l’Espérance, fanfare fondée par Arthur Borel.

En 1884, Louis-Alfred Pernod souhaite mettre en place un fourneau économique. Selon toute probabilité, Arthur Borel s’occupe de sa mise en place effective. Cet équivalent de la « soupe populaire » (le terme n’apparait qu’en 1929) offre chaque jour deux collations à tous les employés.


Arthur Borel est aussi un philanthrope agissant à la fois pour le bien des ouvriers et de ses concitoyens. Tout comme ses proches, il fait de nombreux dons d’argent pour des œuvres très diverses. Les employés sont les premiers à en bénéficier. A l’occasion du nouvel an 1914, il offre 5 frs à chaque ouvrier. Cette somme est complétée de 5 frs supplémentaires pour chaque enfant de la famille. En 1913, Arthur Borel offre aussi 25 000 frs à la ville pour construire des bains douche à Pontarlier. L’hôpital bénéficie de la même somme en 1928 pour l’achat d’un nouvel appareil médical.


Après 34 ans passés à la direction de l’usine, Arthur Borel prend sa retraite en 1912 en laissant le souvenir d’un homme très apprécié. Il est alors remplacé par l’aîné de ses fils, Maurice-Arthur, déjà directeur adjoint de l’usine depuis l’année 1900.


L’attachement des Pontissaliens à ce personnage majeur de la vie locale se manifeste le 18 juin 1934, quand, deux jours après sa mort, des centaines de personnes viennent assister à ses obsèques.

copyright Musée de Pontarlier


 
Zoom sur… L’habitation d’Arthur Borel
 

Arthur Borel bénéficie d’un logement de fonction dans le bâtiment principal de l’usine. Cet appartement est complètement détruit lors de l’incendie de 1901. Un nouveau pavillon composé de deux maisons mitoyennes est construit en même temps que la nouvelle l’usine. Situé au Sud, il est entouré de jardins et pelouses.

La partie Est de ce « château » renferme les logements du directeur et du sous-directeur techniques de la maison Pernod fils. Le côté Ouest est réservé aux Veil- Picard, propriétaires de l'usine. Les soubassements sont en roc du Jura et les façades en pierre de Savonnières.
La partie Ouest du bâtiment s’inspire du style Louis XV, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. L’exécution de toutes les parties est très soignée : sculptures, fers forgés, menuiseries et décoration intérieure. Le pavillon Est est plus sobre. Tout est conçu pour apporter confort aux occupants.

 

 

D E S   O U V R I E R S   B I E N   T R A I T E S

Pendant un siècle, la masse salariale de l’usine Pernod Fils ne cesse d’augmenter. Elle passe de 4 personnes en 1844 à 475 en 1914. En 1896, sur 170 ouvriers, 80 sont des femmes. Cette forte proportion féminine s’explique par le développement des machines qui limite l’utilisation de la force physique. Au 19e siècle, les travailleuses sont embauchées pour des « travaux des femmes » peu qualifiés et placés en bas de la hiérarchie professionnelle. Cette division sexuelle de la main d’œuvre entraine des différences de salaires. Il est admis que seuls les hommes doivent pourvoir aux besoins de la famille. Il est par conséquent inutile que le salaire des femmes subvienne à leur propre subsistance. Les ouvrières sont donc deux fois moins payées que les hommes. Cette différence de traitement est légèrement moins marquée chez Pernod Fils. Le salaire minimum est de 0,20 frs l’heure pour les femmes et de 0,30 frs l’heure pour les hommes.


La journée de travail dans l’usine Pernod Fils est de 11h et le dimanche est chaumé. 3 pauses scandent cette journée à 9h30 (10 minutes), 11h30 (une heure et demi) et 16h10 (20 minutes). Après la reconstruction de l’usine, les ouvriers peuvent prendre leur premier repas dans le vestiaire où ils disposent tous d’un casier. Des toilettes non mixtes s'ouvrent sur ces vestiaires. Elles sont chauffées et munies de chasses d’eau.


En 1871, Louis-Alfred et Fritz Pernod introduisent la redistribution d’une partie des bénéfices de l’entreprise au profit des employés. Ils créent un fond de retraite. Ainsi, en cas d’arrêt de travail à cause de l’âge ou d’une infirmité, les salariés bénéficient d’une somme d’argent leur permettant de vivre. Chaque personnel reçoit un livret sur lequel est portée sa participation aux bénéfices. Elle augmente avec les années de service. Les livrets sont incessibles et insaisissables. Le bénéficiaire ne peut toucher le capital qu’à sa sortie de la Maison. S’il décède, sa part est versée à ses ayants droit. Les fonds restent déposés dans la Maison et produisent des intérêts. A la fin de chaque année, chacun a le droit de toucher ses intérêts.


Les accidents du travail sont assez fréquents dans l’usine. Chez les hommes, les blessures sont liées aux travaux de manutention : chutes de caisses, entorses, fractures, doigts sectionnés par les scies… Les femmes, affectées aux ateliers de rinçages et de mises en bouteilles, sont blessées au niveau des mains : coupures, doigts écrasés. L’entreprise assure donc ses ouvriers contre les accidents. Elle prend en charge elle-même les primes sans y faire participer les ouvriers par voie de retenues.


Aucune grève n’a été déclarée dans l’usine Pernod Fils.

 

copyright Musée de Pontarlier

 

copyright Musée de Pontarlier

 

D E   L ’ A B S I N T H E   A   L ’ H O P I T A L


Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le même jour, Raymond Poincaré, président de la République française, demande aux préfets de prendre des arrêtés visant à interdire la vente de l'absinthe dans les débits de boisson pendant toute la durée de la guerre.


Les Veil-Picard, propriétaires de l’usine depuis 1888, décident de mettre les locaux de Pernod Fils à disposition de l’hôpital. L’ambulance 107 est née. Mme Borel en est directrice, et deux de ses fils, Maurice-Arthur et Roger-Emmanuel, assurent la sous-direction. 132 lits sont installés dans les ateliers. 100 d’entre eux sont construits à l’aide de caisses initialement destinées au transport des bouteilles d’absinthe. D’autres caisses servent à la conception de tables de nuit, d’une lingerie, d’une salle d’opération, d’un réfectoire… Les matelas et édredons sont confectionnés par les ouvrières de l’usine et les dames de la ville à partir de tissus de récupération. Elles raccommodent aussi des vêtements pour habiller les soldats soignés.

Les premiers blessés de guerre arrivent le 25 septembre. Ils sont soignées par le docteur Renaud de Jougne, Aide-Major de 1ère classe et Chef du service de santé de la place de Pontarlier. Dans cette tâche, il est aidé de Madeleine Dubied, infirmière cheftaine, et de trois infirmières.


Le 16 mars 1915, la loi relative à l’interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail, ainsi que la circulation de l’absinthe, marque l’arrêt définitif du fonctionnement de la distillerie Pernod Fils de Pontarlier. La marque ne disparait pas pour autant et développe une gamme d’anisés Pernod. Ce n’est que le 17 mai 2011 que l’interdiction de l’absinthe a été levée en France.
 
 
AU T O U R   D E   L ’ E X P O S I T I O N


P R O G R A M M E   D ’ A N I M A T I O N S


Entrée libre et gratuite

Des conférences et des rencontres

Mercredi 23 août à 18h : Rencontre avec… Les Fils d’Emile Pernot.

Des visites guidées


Samedi 26 août à 15h : Visite guidée de l’exposition temporaire « L’absinthe Pernod Fils, une aventure industrielle ».

Un atelier pour les enfants de 7 à 12 ans

 
A venir

Entre  septembre  et  novembre :  Des  animations,  en  cours  d’élaboration,  valoriseront l’exposition, notamment à l’occasion des Absinthiades les 30 septembre et 1er octobre 2017.

 

copyright Musée de Pontarlier copyright Musée de Pontarlier

copyright Musée de Pontarlier

A   L ’ A C C U E I L  

E T   D A N S   L E S   S A L L E S   D ’ E X P O S I T I O N   D U   M U S E E

 

  • Un jeu de Memory à partir de 5 ans
  • Un jeu de dominos à partir de 5 ans
  • Une « cocotte en papier » avec des devinettes en lien avec l’exposition, à partir de 6 ans
  • Un jeu de cartes de rapidité, à partir de 6 ans
  • Un jeu « chronocube », à partir de 6 ans
  • Un jeu de devinettes pour trouver des intrus, à partir de 6 ans
  • Un livret- jeux à partir de 7 ans, avec en cadeau un marque-page en papier à l’effigie de la mascotte du livret-jeux
  • Une salle de documentation avec différents ouvrages sur la thématique de l’exposition à disposition des visiteurs

 
IN F O R M A T I O N S   P R A T I Q U E S


Musée municipal de Pontarlier, 2 place d’Arçon, 25300 Pontarlier
03 81 38 82 16
musee@ville-pontarlier.com

Dates de l’exposition : 1er juillet – 5 novembre 2017


Horaires : Du lundi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 18h. Weekend et jours fériés : 14h à 18h. Fermé le mardi.


Tarifs : 4 € ; réduit 2 €
Exposition gratuite pour les -26 ans, pendant les vacances scolaires de la zone A. Toutes les animations sont gratuites.

Visites guidées pour les groupes sur demande auprès d’Elise Berthelot, médiatrice culturelle au 03 81 38 82 13, e.berthelot@ville-pontarlier.com
Visites accompagnées et ateliers pédagogiques pour les scolaires et les centres aérés sur réservation auprès d’Elise Berthelot, médiatrice culturelle au 03 81 38 82 13, e.berthelot@ville-pontarlier.com

En 2017, pour mettre en lumière un élément phare du patrimoine industriel et gastronomique pontissalien, le musée de Pontarlier consacre une exposition à la thématique de l’absinthe, et plus particulièrement à la toute première maison installée à Pontarlier.

Répartie dans trois salles du premier étage, l’exposition « L’absinthe Pernod Fils, une aventure industrielle » ouvre ses portes le 1er juillet. Elle retrace la formidable histoire de l’entreprise Pernod Fils depuis l’arrivée en France de son fondateur Henri-Louis Pernod en 1805 jusqu’à l’interdiction de l’absinthe en 1915.

Le premier espace, invitation à la découverte, propose de visiter l’entreprise pour découvrir ses installations et les processus de fabrication de l’absinthe. Grâce à l’utilisation de l’électricité et de machines à la pointe de la technologie, les quantités d’absinthe produites augmentent sans cesse. Seul l’incendie survenu en 1901 freine un temps la cadence de production. Mais l’usine renaît de ses cendres selon des principes de reconstruction innovants et résistants au feu. La production repart alors de plus belle.

L’absinthe Pernod Fils, conditionnée dans des fûts et bouteilles de différentes contenances, est expédiée en France et partout dans le monde. Le « Pernod », qui devient synonyme de qualité, connait un succès fulgurant. Dès lors, la marque attise les convoitises de maisons concurrentes qui cherchent à profiter de son nom, voire, à contrefaire ses produits.

Un tel succès n’aurait pas été possible sans personnel. C’est pourquoi une part importante de l’exposition est consacrée à sa présentation à travers les traits de son directeur technique : Arthur Borel. L’occasion d’aborder les conditions ouvrières et les avantages sociaux accordés par l’entreprise à ses employés.

Issues des collections du musée et de nombreux prêts, environ 150 œuvres constituent l’exposition et révèlent des pans entièrement inédits de l’histoire de la distillerie Pernod Fils.

« L’absinthe Pernod Fils, une aventure industrielle »

A découvrir au musée de Pontarlier du 1er juillet au 5 novembre 2017.

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